La lumière d'après

La photographie comme refuge après la perte d'un proche

Il y a des absences qui changent la lumière. Pas d'un seul coup : elle s'éteint doucement, puis elle revient, différente, plus rasante, plus honnête. Pendant longtemps, je n'ai pas su quoi faire de cette lumière là. Alors j'ai pris l'appareil, et je suis sorti.

Silhouette d'un homme marchant dans un tunnel métallique face à une lumière éblouissante, photographie de rue en noir et blanc, « Seuil » par By Jeza Photographie

Chaque pas dans l'obscurité vous rapproche de votre propre lumière. Ne vous arrêtez pas maintenant.

 

Le monde continue sans lui

C'est ce qu'il y a de plus violent dans le deuil : la rue ne s'arrête pas. Les gens passent, les bus s'ouvrent, les cafés servent leurs premiers cafés. Le monde a cette indifférence magnifique et cruelle, et il faut réapprendre à y marcher.

Photographier, c'est d'abord cela : accepter de rejoindre ce mouvement, mais à son rythme. Lever l'appareil, c'est suspendre une seconde. Cadrer, c'est décider que, dans tout ce qui défile, une chose mérite qu'on s'arrête.

Marcher, regarder, déclencher

Je le dis sans détour : pour moi, la photographie est une thérapie. Pas au sens clinique, je n'ai ni méthode ni protocole, et je ne remplace personne. Seulement trois gestes très simples, qui reviennent chaque fois.

Marcher d'abord. Le corps avance, la tête se calme. On ne cherche rien, on laisse la ville faire. Regarder ensuite : une vraie attention, patiente, presque physique, que le chagrin rend étonnamment aiguë. Déclencher enfin, rarement, avec la certitude tranquille que ce geste-là n'a pas besoin d'être expliqué.

Aucun de ces gestes ne guérit. Mais ensemble, ils tiennent debout une journée.


Photographie de rue en noir et blanc : la passerelle de la gare de La Roche-sur-Yon, vue au ras du sol, se prolonge dans le reflet d'une flaque.

Le noir et blanc, une langue du silence

Ce n'est pas un hasard si j'ai toujours travaillé en noir et blanc. Il retire le bruit, la couleur, l'anecdote. Il laisse l'essentiel : une ombre, une flaque, une silhouette de dos, une fissure de lumière dans une ruelle.

Dans le deuil, c'est une grammaire familière. Le noir y a toute sa place, il n'est pas nié, pas embelli. Et pourtant, dans chaque image, quelque chose passe à travers. Le noir ne ferme rien : il laisse passer ce qui doit passer.

“Je ne photographie pas pour oublier. Je photographie pour continuer à regarder, malgré tout.”

J'avais vingt ans

J'avais vingt ans quand j'ai perdu mon père, emporté par un cancer. Il y a des phrases qu'on met des années à pouvoir écrire. Celle-ci en fait partie.

Je ne cherche pas à le retrouver dans mes images. Mais je crois que quelque chose de lui regarde à travers mon regard : cette attention aux silhouettes, à ce qui s'éloigne, à la lumière qui reste quand quelqu'un est passé. Ce que la photographie m'a donné, c'est un endroit où poser ce que je n'arrivais pas à dire.

Un regard façonné par le passé

Mon style ne vient pas de nulle part. Je le sais aujourd'hui : il vient de ce que j'ai traversé. Ce goût des silhouettes de dos, des ombres longues, des espaces vides où une présence se devine, ce n'est pas une esthétique que j'aurais choisie. C'est un passé qui cherche sa forme.

On parle du style comme d'une signature. Je crois plutôt qu'il ressemble à une cicatrice qui a appris à voir. On ne photographie pas seulement ce que l'on regarde : on photographie ce que l'on est devenu.

 

Ce que les images gardent

Une photographie ne rend personne. Elle ne ramène ni une voix ni un geste, et il faut cesser de lui demander cela. Ce qu'elle garde, c'est autre chose : une manière d'être au monde à un moment précis, un regard qui a tenu quand tout vacillait.

Des années plus tard, on retrouve ces images et l'on y lit moins la ville que soi-même. On y reconnaît le jour où l'on a recommencé à sortir. Le jour où la lumière est redevenue fréquentable.

Sans rien promettre

Je ne promets pas que la photographie console tout le monde. Pour moi, elle soigne, lentement, sans bruit. Elle accompagne, ce qui est plus modeste et plus durable. Elle ne remplace ni les proches ni ceux dont c'est le métier d'écouter : elle marche à leurs côtés. Elle donne une raison de sortir, un prétexte pour lever les yeux, un cadre, au sens propre, dans lequel poser ce qui déborde.

En conclusion

Si vous traversez une perte, vous n'avez pas besoin d'un grand appareil, ni d'un sujet, ni d'un talent. Seulement d'une heure, d'une rue, et de la permission de regarder lentement.

 

« L'absence ne s'efface pas. Elle apprend à se tenir dans le cadre, et la lumière, peu à peu, revient autour. »

Si l'envie de marcher et de regarder autrement vous traverse, je propose des sorties photo urbaine en individuel, pour débutants comme pour confirmés, aux Sables-d'Olonne, à La Roche-sur-Yon et à Nantes. Une demi-journée, sans pression, à votre rythme.


Bon week-end,

Jeza

Suivant
Suivant

La flaque, second horizon